Livre parlé, nouvelles technologies: conseiller et collaborer

19 Février 2019

Livre parlé, édition adaptée, accès aux nouvelles technologies exigent le respect de normes et de bonnes pratiques que seules une bonne formation permanente et la volonté d'échanger des informations peut permettre le respect des usagers. L'Association Valentin Haüy accueille, écoute et conseille dans un esprit d'ouverture.

 

Dans son numéro 116 de février-mars 2019, le magazine Vannes-Mag de la ville de Vannes soulignes les nombreuses actions que cette municipalité a su mettre en œuvre en faveur des personnes en situation de handicap. L’Association Valentin Haûy a signé un partenariat avec la municipalité pour mettre à la disposition des personnes empêchées de lire notre fond de livres parlés disponibles sur notre serveur EOLE, soit bientôt 40 000 ouvrages. En complément de cette heuereuse initiative éditoriale, nous donnons ci-après quelques précisions complémentaires.

Livre parlé et édition adaptée

 

Ce qu’on appelait traditionnellement le « livre parlé » existe désormais sous deux formes bien distinctes et qu’il ne faut pas confondre : le domaine commercial et l’édition adaptée.

 

Les livres audio du commerce

Ils sont produits par les éditeurs eux-mêmes et sont la plupart du temps d’une qualité technique irréprochable. Il faut parfois cependant bien vérifier que la version audio contient bien l’intégralité du texte du livre original, ce qui n’est pas toujours le cas. Lus par des comédiens professionnels ou parfois par les auteurs eux-mêmes, ces livres sont en réalité plus proche du théâtre radiophonique que de la lecture normale car l’interprétation particulière du comédien peut parfois introduire une perception ou une interprétation qui ne serait pas forcément celle du lecteur en lecture normale. Comparés au nombre de livres qui paraissent tous les ans, ce domaine commercial offre un nombre de titre extrêmement restreint. Il a cependant le mérite de permettre un premier contact avec l’écoute d’un texte plutôt que la lecture visuelle. Tout le monde peut accéder à ces ouvrages en audio en achat ou en emprunt en médiathèques.

 

Livres audio de l’édition adaptée

L’édition adaptée de livres en version audio fait l’objet d’un encadrement législatif et réglementaire depuis très longtemps. A l’origine destiné aux aveugles ou très malvoyants, il bénéficie de l’exemption du paiement des droits d’auteurs. La loi dite DADVSI (août 2006) a consolidé cet encadrement. Elle est remplacée par La loi LCAP, n° 2016-925 du 7 juillet 2016 qui étend le domaine des bénéficiares à l’ensemble des personnes empêchées de lire, notamment les handicapés moteurs ou cognitifs, les dys, etc…

Une édition peut être dite « édition adaptée » si elle permet un accès à la lecture équivalent à celle des personnes qui lisent normalement. Cela signifie que les livres audio du commerce ou certains livres audio produits ici ou là en simple format MP3 ne peuvent pas être considérés comme édition adaptée. Seul le format international DAISY permet une navigation très fine par grandes parties, chapitres, paragraphes, expressions avec la possibilité de mettre des marque-page et de reprendre la lecture là où elle s’est arrêtée.

L’Association Valentin Haüy tout comme nos amis du Groupement des Intellectuels Aveugles et Amblyopes à Paris produisent des ouvrages, livres et revues de niveau universitaire au format DAISY. Notre comité Morbihan se tient à votre disposition pour toute information complémentaire.

Les nouvelles technologies

 

Le recours aux nouvelles technologies permet de mettre en place des stratégies de réadaptation bien plus souples. Citons en vrac les techniques d’aide à la lecture visuelle ou audio, l’accès à Internet et à l’informatique (agrandissement, audio et braille), la téléphonie adaptée (smartphones parlants), les techniques d’orientation et de locomotion (GPS, canne électronique, balises sonores) en électro-ménager (appareils parlants).

Ces nouvelles technologies évoluent très vite. Aussi l’amateurisme de personnes isolées qui s’auto-proclament experts n’est plus acceptable et conduit parfois à donner des conseils erronés que nos spécialistes bien formés sont parfois amenés à corriger.

L’association Valentin Haüy assure une veille nationale et internationale sur l’évolution de toutes ces techniques. Elle assure une formation de haut niveau dans le cadre de plus d’une centaine de « clubs informatiques » dans toute la France et avec des sessions de mise-à-jour des connaissances au siège national à Paris. En complément, Valentin Haüy Fondation a mis en place un institut de formation destiné aux bénévoles intervenant dans ces domaines.

 

Une réadaptation globale pour retrouver l’autonomie.

On le comprendra, la lecture adaptée ou l’accès aux nouvelles technologies exigent le respect de normes et de bonnes pratiques qui ne s’improvisent pas. Dans l’esprit de la loi du 11 février 2005, le but de toute action de réadaptation doit être d’aider la personne à réaliser son projet de vie afin de conquérir le maximum d’autonomie possible. Cela signifie qu’il faut d’abord être capable d’évaluer avec la personne sa situation actuelle, ses possibilités et ses limites et d’envisager à partir de là une stratégie globale de réadaptation. Notre intervention se situe donc en complémentarité des avis donnés par des ergonomes mais d’une manière beaucoup plus fine, du fait de notre spécialisation dans le handicap visuel. Trop de personnes sont invitées par exemple à faire l’acquisition d’un télé-agrandisseur très coûteux, mais dont nous savons bien qu’elles l’abandonneront au bout de quelques semaines. Car il ne faut pas confondre déchiffrage lent et approximative avec une lecture confortable et agréable. Les personnes qui perdent la vue passent souvent par une phase de déni ou de repli et sont très réticentes à adopter des techniques de compensation. Dans ce cas, nous ne forçons pas les choses mais aidons la personne à s’orienter avec patience et empathie. Certaines personnes dont la vue a baissé mais qui reste stabilisée auront par exemple intérêt à acquérir un télé-agrandisseur parlant et dans ce cas nous le recommandons. Elles peuvent ainsi se rendre à la médiathèque Beaupré-Tohannic de Vannes où elles auront tout loisir d’essayer ce type de matériel avec des personnes sympathiques et compétentes.  Mais elles peuvent aussi accéder à l’édition adaptée en audio. Celle que nous avons incité à le faire malgré une phase de résistance bien compréhensible reviennent nous voir et nous remercient d’avoir un peu insisté.

Cela dit, pour nous, la demande de livres parlés doit être l’occasion d’amener la personne à envisager une démarche de réadaptation plus globale. Il est en effet irresponsable de se contenter de proposer sa seule prestation de lecture sans en même temps informer les personnes sur tout ce qu’elles pourraient faire par ailleurs. Nos responsables et bénévoles ne sont pas au service de l’Association Valentin Haüy mais au service de nos usagers.

Accueillir et informer, échanger et collaborer.

Les structures qui interviennent dans le domaine du handicap visuel doivent collaborer entre elles, faute de quoi elles donnent des conseils désuets ou inadaptés. Toute structure qui accueille ne doit pas se contenter de proposer sa propre action.

A l'Association Valentin Haüy, lorsqu'une personne perdant la vue vient nous voir pour obtenir des livres parlés, nous nous faisons un devoir de l'informer sur toutes les autres opportunités qui lui sont offertes, que ce soit par nous ou par d'autres structures partenaires. Nos bénévoles ne sont pas au service de l'Association Valentin Haüy mais au service des usagers, sans exclusive. Nous n'hésitons pas à orienter les personnes que nous accueillons vers d'autres structures qui proposent ce que nous ne proposons pas nous-mêmes. Il serait souhaitable que toutes les structures intervenant pour le handicap visuel aient le même souci de partage, d'efficacité et donc de respect des personnes qui sollicitent leur aide.

 

C’est ainsi que nous avons construit un partenariat avec l’Association Gabriel Deshayes (à Auray) et son service EïLAN ainsi que son SAVS DV. Nous assurons nous-mêmes une partie des prestations proposées par EÎLAN. De même, nous allons consolider notre coopération avec l’APF-France-Handicap pour proposer des services convergents et complémentaires. Nous avons également des échanges réguliers avec les associations « Voir Ensemble », « les chiens guides de l’ouest » et « ceciweb formation » dont les actions complètent utilement les nôtres. Nous pouvons cependant regretter que certaines autres microstructures refusent toute collaboration et même tout échange, ce qui permet de douter de la compétence de leurs interventions. Toutes les structures qui bénéficient d’aides publiques devraient faire l’effort de collaborer entre elles, voire de mutualiser leurs moyens comme nous le faisons nous-mêmes.

 

Représenter et défendre les personnes déficientes visuelles

 

Le Comité Morbihan de l’Association Valentin Haüy a depuis des années fait l’effort de représenter les intérêts des personnes en situation de handicap visuel à travers différentes instances. Nous siégeons à la Sous-Commission pour l’accessibilité des Personnes Handicapées à la DDTM (service de l’Etat) et participons activement au CEHM (Comité d’Entente Handicap Morbihan) qui accomplit un lourd travail de défense des droits des personnes handicapées, notamment à la MDA. Nous intervenons nous aussi ddpour suivre certains dossiers délicats en conseillant à nos bénéficiaires de se faire assister par une assistante sociale locale à qui nous conseillons de se mettre en rapport avec nos assistantes sociales et nos experts à notre siège national.

 

L’accessibilité est un dossier important qui exige un minimum de formation car les personnes qui nous représentent au sein des diverses commissions (CCA, CIA) ne doivent pas exiger tout et n’importe quoi sans avoir au préalable reçu une formation solide. Etre soi-même handicapé ne suffit pas pour devenir expert en matière de handicap.

 

Ainsi, forte de son expertise internationale, l’Association Valentin Haüy demeurent au service des personnes déficientes visuelles et au-delà, en situation de handicap pour ce qui concerne l’accès à la lecture et à la culture.

C’est avec courage et détermination que nous fêtons cette année nos 130 années au service de nos bénéficiaires.

 

Fabrice GUÉHO

Administrateur de l’Association Valentin Haüy

Président de son Comité Morbihan.